Jacques Arnaudiès

Collectionneur émérite, psychanalyste renommé, Jacques Arnaudies est aussi un artiste délicat, à l’aise dans les petits formats, à portée de mains.
Son goût le porte vers les jeux taurins, ancrés dans la culture méditerranéenne. Ses gouaches figurent l’éternelle lutte de l’homme et de la bête, et toute la mythologie qui s’y relie, antique ou judéo-chrétienne, sans oublier les apports décisifs d’écrivains comme Leiris ou Bataille.

Ainsi, il ne faut pas s’attendre à un hommage élémentaire à la tauromachie, il n’en existe que trop dans nos régions. On est, dans ces petites peintures d’Arnaudies, dans l’onirisme ou l’imaginaire le plus total. Les couleurs sont trop lumineuses, trop récurrentes, et sérielles, pour relever d’un quelconque réalisme. Elles sont disposées par zones franches, assorties de quelques modulations.

Au bout du compte il peint des scènes de genre, relevant du sacré, sur paysage familier (référence à Aigues-Mortes, Nîmes, Carcassonne, la mer…). Assemblés, ces motifs encadrés de noir, relevant le rouge de la cape, prennent l’allure d’enluminures, d’ex-voto, d’une frise en bande dessinée. Mais léchée, cultivée et bien sûr ludique. Arnaudies joue avec les dieux et les saints tel un enfant découvrirait le monde, en sa symbolique originelle.

D’où cette impression de fraîcheur malgré le thème supposé tragique. En fait, il s’agit d’évoquer l’existence, avec ces adjuvances et oppositions. Ses mystères. Et ses moments euphoriques. Une cosmogonie portative en somme.

BTN (Bernard Teulon-Nouailles) 2016